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Vendredi 27 novembre 2009
Fille Ainée grandit.

Plus elle s'approche de ce cloaque putréfageux qu'est l'adolescence, plus elle prend ses parents pour des débiles.

Heureusement, c'est que le début et elle a encore un mignon petit visage épargné par l'acné et les appareils dentaires. Alors ça reste rigolo.

Ainsi, hier.

Fille Ainée rentre de l'école en arborant un air catastrophé.

Pour planter le décor, il faut savoir qu'elle mène une guerre d'usure pour rentrer toute seule de l'école, et que dès l'année prochaine, elle sera commodement scolarisée au collège à 500 mètres de la maison.

-Maman, annonce-t-elle donc à La Prof, j'ai appris un truc horrible à l'école aujourd'hui...

-?.... (oh mon Dieu, surtout pas la guerre, la mort, l'injustice, ou autre affreuse invention de l'espèce humaine...)

-Au collège, la cantine ça coûte TROIS EUROS CINQUANTE par repas!

-?... (merci mon Dieu - où on voit que La Prof est encore une novice dans l'art adolescent de la manipulation, vu qu'elle a rien vu venir...)

-Alors, j'me disais, pour vous faire économiser des sous, ben je pourrais rentrer manger le midi à la maison


-Nan (temps de réflexion : 0,02 secondes)

Et là, Fille Ainée se lance dans une virtuose démonstration mathématiques, où elle multiplie avec aisance des chiffres à virgules, pour bien montrer le prix exhorbitant des cantines scolaires, à la semaine et même au mois.

Comme quoi, tout ce temps passé à lui faire réviser ses tables de multiplication, ça finit par payer.

-Nan.

La Prof vous fait  grâce des différents niveaux d'argumentation.

Finalement, en se mordant les joues pour rester sérieuse, elle a commencé à fourbir ses armes de parent d'adolescente.

-On verra quand tu seras en 4eme
(Ce qui avait déjà  bien marché pour le portable).

C'est bizarre comme, quand ses enfants la prenne pour une débile, ça fait rire La Prof.

Alors que quand c'est ses élèves, ça lui donne envie de les balancer par la fenêtre.

Saleté d'éthique professionnelle.

Par LaProf - Publié dans : La Prof à la maison
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Lundi 23 novembre 2009
C'est officiel, Cindy est une gourdasse.

Après s'être fait pilé la semaine passée pour son essai foireux de "je me trompe de devoir" (genre), elle a dû se dire dans sa cervelle de poule qu'il fallait qu'elle essaye de remonter son zéro sur vingt en rendant à La Prof une pure critique de Dom Juan.

Pour la gallinacée, pure critique=truc piqué sur Internet.

On ne peux pas lui en vouloir de tenter le coup, mais apparement pour Cindy, trouver un truc utile sur Internet, c'est trop difficile.

Et comme elle passe son temps en classe ou à se maquiller ou à discuter avec sa copine Jessica (ou les deux, ce qui tendrait à prouver qu'il y a effectivement un cerveau sous cette masse de cheveux artistiquement crépés), elle n'a pas fait attention quand La Prof a fait passer un extrait de la note d'intention du metteur en scène en demandant aux élèves de le lire avant la représentation.

Chick & Cie n'a bien sûr pas lu la feuille, mais a dû retomber dessus en cherchant son gloss qu'avait dû tombé dans le fond du sac et l'a donc intégralement recopié dans sa copie.
Et comme La Prof avait, elle, lu le document distribué aux élèves, et que le seul paragraphe rédigé écrit griffoné par Cindy est bourré de faute, c'est même pas dur de savoir où elle s'est arrêté.

Et pis, ça a pas été trop dur de noter non plus.

Elle a recopié le texte que La Prof lui a DISTRIBUE. Avec ses mains, en la regardant pendant qu'elle la saisissait...

Gosh, que La Prof n'aime pas qu'on la prenne pour une conne. Surtout par plus conne qu'elle.
Par LaProf - Publié dans : La Prof au boulot
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Lundi 16 novembre 2009
Ca y est. La famille toute entière est venue et repartie. Le froid aussi.

Les brumes de la digestion flottent encore dans l'esprit de La Prof. Bizarrement, il reste plein de bouffe et pas d'alcool. Du coup, les voisins passent ce soir faire dinette à la bonne franquette.

Des gens sympas tout le week-end ; des gens tous  sympas ce soir. C'est le deuxième effet Kiss Cool : c'est sûrement la récompense de La Prof qui a quand même assuré comme une guedin, pour son grand mec et son ptit mec.

Le Mari qui, même s'il n'en dit mot était ravi de sa petite fête, et avait donc fait tout le ménage quand La Prof est rentré de chez les Grands Benêts.

Il reste encore deux jours à La Prof pour faire ses moyennes et les entrer sur le logiciel de notes, soit quasiment l'éternité.

Elles se rie des conseils de classes qui ne débutent que la semaine prochaine. En plus, l'adjoint s'est démerdé comme un manche et TOUS ses conseils sont doublés (c'est à dire qu'elle a deux conseils de classe sur le même créneau horaire). Senorita, quand t'en viens-tu ?

Comme avec Mamzelle Doc elles ont décidé que leur nouveau cri de guerre serait "Mort aux cons!", hé ben, elle ne va pas courir partout pour mal faire son boulot à deux endroits à la fois (bien que...après les agapes du week-end, un peu de montée/descente d'escaliers ne lui ferait pas de mal...).
Du coup, elle en a deux fois moins.

La sinute s'en va doucement et n'a finalement pas dégénéré en bronchite.

Elle a humilié Cindy devant toute la classe, cette gourde ayant essayé sur La Prof le truc de "je me trompe dans le devoir que je vous rends", en lui refilant une feuille d'exos de maths sur laquelle elle avait gribouillé son nom à la va-vite au lieu du commentaire demandé.

Or, La Prof n'aime pas qu'on la prenne pour une conne, c'est là son moindre défaut (sinon, elle est très zentille, même si elle cache sa grande sensibilité en étant une vraie langue de pute). Elle a donc été voir Miss Maths pour savoir si c'était vraiment un contrôle, histoire d'être bien sûre.

Bien sûre de pouvoir pourrir Cindy quand elle est arrivée la gueule enfarinée la semaine suivante sur l'air "oups, oh là là, suis-je distraite, je me suis trompée de devoir".

Ben, elle est pas prête de le retenter ce coup-là.

Et en plus, ça fait une copie en moins à corriger.

Que du bonheur!!!

Pour qu'il soit parfait, quelqu'un sait-il comment on accède sur le site d'Educator maintenant? Le site demande un mot de passe???
Par LaProf - Publié dans : La Prof au boulot
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Lundi 9 novembre 2009
La Prof n'aime pas l'hiver.

Déjà, c'est officiel, il fait froid.

Or les parents de La Prof sont des égoîstes finis qui ont été trop feignasses pour que leurs filles soient rentières, et trop associables pour leur permettre d'épouser un riche héritier. Et donc il faut sortir dehors pour gagner des sous. C'est nul. Des fois en plus qu'il fait froid, il pleut.

Et puis les  vacances de la Toussaint, c'est trop court, après deux jours et demi de boulot, c'est comme si on était jamais parti.

Pour les élèves, c'est pareil, 10 jours n'ont pas suffit pour vaguement faire leurs devoirs et par exemple lire le livre que La Prof leur avait demandé d'avoir fini pour la rentrée (depuis 1 mois, mais on sait bien comment ça se passe).

Conclusion : même s'ils avaient plein de trucs à se raconter jeudi, ils n'ont pas ouvert ledit bouquin, preuve du contrôle de lecture à l'appui.

Oui, parce qu'en plus La Prof est un peu maso et s'en rajoute en s'octryant un gros paquet de copies dès la rentrée ( alors qu'elle a passé les vacances à en corriger. Il faudrait mettre Sisyphe poussant le tonneau des Danaïdes sur le frontispice du ministère de l'Education nationale).

En même temps, elle est aussi un peu sadique, parce qu'elle commence à les connaître, hein.

Et puis last but not least, La Prof a beau se rire de l'astrologie, il faut quand même convenir qu'elle est entouré de Scorpions.

Ce qui fait que le mois qui vient est rempli de fêtes d'anniversaires, chez les autres (fatiguant mais sympa) ou chez elle (juste fatiguant).
Toutes ses capacités d'organisations sont mises à mal entre un ménage permanent, des courses constantes et une occupation 24h/24h de la cuisine.

Entre la fête en famile restreinte (avec cadeau au petit déj'), la fête avec les copains, la fête avec la famille agrandie. Et pas question de regrouper, non! la prof a bien lu son Dolto : ça serait très mauvais pour le développement émotionnel du petit.

Alors à chacun SA journée, SON resto, SON gateau...

Y'a pas que les nerfs de La Prof qui trinque ; y'a la carte bleue aussi.

Et pis après, c'est   et bis repetita Noël.

Il faut donc ressortir gagner des sous.

Dans le froid.

L'hiver? C'est nul.

Par LaProf - Publié dans : La Prof à la maison
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Jeudi 5 novembre 2009
Les vacances sont passées à la vitesse de l'éclair.

Déjà, les vacances de la Toussaint, c'est pas des vraies vacances, qu'est-ce que c'est que cette idée de nous faire reprendre en plein milieu de semaine?

La Prof a à peine eu le temps de faire le rituel tour de la famille, corriger deux tonnes de copies et obliger les enfants à faire leurs devoirs.

Heureusement, elle a réussi à sévir un peu derrière les fourneaux. A Noel, elle avait réalisé l'ultimate cheesecake. Elle a maintenant maitrisé la tarte au citron. Hmmmmmm!

Elle a eu moins de chance avec un essai de cake aux carambars ( ça colle, donc impossible à démouler, donc gâteau peu présentable), mais s'est un peu rattrappé avec des lasagnes aux galettes de sarrazin, histoire de ne pas jeter vos restes de crêpes...

Bref que des trucs lights, comme à son habitude.

Elle est donc parée pour affronter 6 semaines de cantines (à défaut d'autres choss).
Par LaProf - Publié dans : La Prof à la maison
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Mardi 27 octobre 2009
Le vendredi d'avant les vacances, La Prof a trainé ses premières au théâtre.

Voir Dom Juan.

Samedi matin, pour les élèves qui n'étaient pas déjà partis en vacances  afin d'éviter les bouchons (on a quelquefois du mal à croire que l'on enseigne à des populations défavorisées, alors qu'ils partent en vacances et que La Prof, non.), on a fait un petit retour sur la pièce, avec une étude approfondie de la scène 3 de l'acte IV. Pour ceux qui n'ont pas gâché leur vendredi soir à essayer de voir qui parlait et à confisquer des portables et des paquets de bonbons qui font du bruit, c'est la rencontre entre Dom Juan et monsieur Dimanche. Monsieur Dimanche est un bourgeois qui a prêté des sous à Dom Juan, et Dom Juan, il a tout dépensé pour épater des gonzesses et il veut pas lui rendre, alors il le balade.

Tout marchait plutôt bien, quand La Prof a eu l'idée saugrenue d'intégrer quelques données historiques et sociales à son cours, en leur expliquant que comme dans d'autres pièces de Molière, le bourgeois est rendu ridicule pour son rêve d'ascension sociale, en pensant pouvoir acheter la fréquentation des nobles.

Devant la vacuité des regards, elle ose un paralèlle contemporain avec le rêve que peuvent engendrer les peoples.

Peine perdue.

Il a fallu qu'elle gratte pas mal, jusqu'à ce qu'elle comprenne que pour les élèves, Dom Juan fait juste une blague : comme il est noble, il a forcement plein d'argent. Monsieur Dimanche est un peu lourd, il va l'avoir son fric...

-"Ah mais non, justement. Dom Juan n'a pas l'argent"

-"Mais si puisqu'il est noble"

-"Mais pas du tout, la noblesse, déjà au 17eme, a le titre mais pas les fonds. Aujourd'hui c'est pareil, regardez y'a plein de nobles désargentés"

-"Ben nan, pisqu'ils sont nobles".

La Prof essaye alors de trouver un exemple marquant. Qu'elle ne trouve pas.

-"Aidez-moi, je suis sûre qu'on peut en trouver plein, quelqu'un avec le nom qui commence par de..."

-"Depardieu", propose une élève pour rendre service.

Mais ça marche pas parce que c'est attaché.

-"de Villepin", lance une autre (il sont gentils quand même).

Ca marche pas non plus vu qu'il a du flouze.

Et bref, le trou. La Prof a évité la honte totale grâce à la sonnerie.

Il est temps qu'elle se repose. Surtout qu'elle s'est couché tard la veille.
Par LaProf - Publié dans : La Prof au boulot
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Vendredi 23 octobre 2009
Il est bien difficile d'être élève en ce moment. Et par ricochet, d'être prof....

Déjà, la rentrée a été une grande source de déception. En effet, tous les mômes du lycée étaient persuadés que l'établissement allait fermer incessament sous peu pour raisons sanitaires. Dans ces conditions,  pourquoi se mettre au boulot?
Les profs ont donc dû trainer des classes de mous apathiques qui n'écoutaient pas, ne prenaient pas de notes et bien sûr ne révisaient pas les contrôles.
Il a fallu plusieurs notes pourries ( d'autant plus pourries que le prof était aigri d'apprendre que son administration pensait pouvoir le remplacer avantageusement par un programme TV...) pour que les élèves fassent une croix sur leur beau rêve de 12 semains à la maison et se mettent finalement au boulot.

Entre parenthèse, La Prof en était sûre, qu'ils ne seraient pas capables de s'organiser correctement pour étendre la contamination. Il faudrait vraiment TOUT leur apprendre.

Deuxième revers : l'expérimentation pour limiter l'absentéisme, où on donnerait une enveloppe "projet" aux classes où les élèves ne s'absentent plus sans raison.

Dans la classe de première de La Prof, ca a été l'émeute :

-"On ne travaille plus! Nous aussi madame, on veut être payé pour venir"!

-"Ouais, a dit La Prof, et avec les sous, on pourra aller visiter le musée du costume à Moulins, ca sera vraiment super"!

Ce qui les a calmé direct. Pourtant, c'est vrai que La Prof irait bien au musée du Costume.

-"Pour vous, madame, c'est facile, vous êtes payé pour venir...", intervient Saïd ( Saïd, c'est le chouchou de La Prof. Il se retrouve en première parce qu'il a loupé son BEP...sic...Plutôt mature, belle fulgurance d'esprit, incapable d'aligner trois mots à l'écrit. Alors La Prof le favorise outrageusement à l'oral, du coup il parle tout le temps).

-"Mmmh, réflechit La Prof, vu que je ne suis pas payée quand je ne viens pas, oui, on peut voir ça comme ça".

-"Mais alors, s'exclame Saïd après quelques secondes, ça veut dire que vous êtes pas payée quand vous faites grève?"

La classe en est soufflée : comment ça on est pas payé quand on fait grève? En suit un long cours impromptu sur le monde du travail (et tant pis pour Candide). Les élèves ont l'air d'apprendre qu'on peut se faire virer quand on ne se présente pas à son boulot, que la grève est un droit durement acquis et que les syndicats ce ne sont pas seulement les gugusses médiatiques qu'on voit à la télé. La Prof, pédagogue jusqu'au bout des ongles, en profite pour faire un lien avec l'élection des délégués qui a lieu cette semaine... (même si effectivement, les délégués au lycée Hervé Vilar font plus fonction de potiche que de force vive ; mais bon on ne sait jamais...)

Le danger semblait écarté et la remise au boulot se relançait doucement, jusqu'à l'affaire Jean Sarkozy.

Après avoir reculé le moment de bosser parce que ca ne valait pas le coup de s'y mettre, puis refuser de travailler sans être payé, voilà que les élèves ont refusé de s'investir dans leurs cours parce que de toute façons ça ne servait à rien : y'a qu'avec du piston qu'ils trouveront un boulot. Alors, pourquoi s'embêter à faire des études?

La Prof aurait sûrement pu trouver des arguments spécieux qui auraient paru imparables. Mais là, elle est fatiguée, et elle en a marre de passer plus de temps à convaincre les élèves qu'il faut travailler plutôt que de faire juste un cours. Après tout, ses cours sont magnifiques. Elle ne devrait pas manipuler les élèves pour qu'ils s'y intéressent. C'est eux qui devraient la supplier afin qu'elle daigne les leur dispenser.

Comme eux, elle se dit que ce n'est plus la peine d'investir une énergie folle pour se remettre à bosser alors que c'est les vacances à la fin de la semaine.

On verra ça à la rentrée. Avec 6 semaines de rien du tout dans la vue et un programme qu'il faudra bien boucler...
Par LaProf - Publié dans : La Prof au boulot
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Lundi 19 octobre 2009
Dans sa célébre séquence "Lire, écrire, publier", La Prof consacre deux heures aux prix littéraires français.

Déjà parce que ça lui permet de boire un café avec Mamzelle Doc pendant que les élèves répondent à leurs questionnaires au CDI.

Et puis parce que pendant la mise en commun/correction, La Prof finit toujours par raconter des histoires. Or, peut-être l'avez-vous remarqué, La Prof aime bien raconter des histoires.

Et tous ces échalas d'ados boutonneux qui sont assis en face d'elle, eh ben, ils ne sont pas encore si grands que ça, et aiment bien en entendre.

D'où vient le prix Goncourt. Ceux qui l'ont refusé, celui qui l'a eu deux fois alors que c'est interdit - succès assuré. Elle ne parle plus de ceux qui l'ont injustement loupé. Hélas, aucun élève du lycée Hervé Vilar ne sait aujourd'hui qui est cet obscur écrivaillon, Marcel Proust.

Les élèves s'indignent des magouilles éditoriales dénoncées par les perdants.

Ils sont dégoutés quand ils apprennent que Dan Brown n'aura jamais le Goncourt.

-"Parce qu'il n'écrit pas en français déjà", leur explique La Prof.

-"Mais, quand même, mdame, on fait des FILMS avec ses bouquins."

Que répondre à cet argument inparable? Des fois La Prof essaye quand même de leur expliquer que Dan Brown, s'il sait raconter une histoire, écrit quand même avec ses pieds.Qu'on ne peut pas considérer que "l'oeil noir du pistolet la regardait" comme une grande richesse littéraire. Mais il est difficile de sensibiliser les élèves au style. Surtout que la plupart du temps, ils n'ont pas lu les bouquins, ils ont juste vu le film.

Cette année, à la table en face du bureau, il y a Sami. Tout seul, parce que Sami est très gentil, très enthousiaste, mais a dû être construit sans filtre entre le cerveau et la bouche. Ce qui fait que dès qu'il pense à un truc, il le dit tout haut. Avec une grande profondeur, ajustée au temps de réflexion.

Les histoires autour des prix littéraires le fait donc réagir à des degrés variés. Après avoir pris fait et cause pour le pauvre Dan, il lève les yeux au ciel en apprenant les conditions de création du Fémina ("Ah, les bonnes femmes"). Il trouve que "c'est bien fait" (sic) si Romain Gary s'est suicidé, vu qu'il a menti et eu deux fois le Goncourt alors que c'est interdit.

La Prof essaye de faire abstraction, mais a finalement craqué au prix Nobel ( le dernier, elle y était presque).

Quand Sami apprend qu'il n'y a pas de Nobel en maths parce que madame Nobel fréquentait assidument un mathématicien, c'est trop pour lui :

"-Ouais, c'est dégueulasse, vraiment les gonzesses, elles foutent toujours la merde, à cause d'elle on a perdu un prix".
(un "ON" de pure forme ; d'après Miss Maths, il y a peu de chance que Sami décroche un jour la médaille Fields)

-"Oui, répond La Prof, mais bon peut-être que si monsieur Nobel s'était un peu moins occupé de sa dynamite et un peu plus de sa femme, elle n'aurait pas eu besoin d'aller voir ailleurs".

Ce qui lui a coupé le sifflet jusqu'à la fin de l'heure.

Et fait fleurir un sourire sur le visage d'Aïma, petite beurette hyper discrète du deuxième rang.

Women power!

Cette semaine, c'est la rencontre parents-profs. La Prof est très impatiente de rencontrer le papa de Sami. Ils ont surement plein d'idées en commun, prélude à un échange riche...
Par LaProf - Publié dans : La Prof au boulot
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Jeudi 15 octobre 2009
L'oeil est revenu à sa taille normale.

Malheureusement l'antibiotique a eu un effet secondaire.

Qui gratte.

La Prof est donc retournée chez le docteur.

Qui l'examine d'un air détaché au début, pour finalement s'exclamer "Ah oui ,quand même...".

La Prof, qui a reçu une très bonne éducation, n'aime pas déranger. Elle est donc plutôt contente de savoir qu'elle n'a pas embêté le Gentil Docteur pour rien (surtout qu'il a fallu encore attendre, et supporter le regard de haine pure que vous jette les patients quand c'est enfin votre tour et pas encore le leur...).

De retour à la maison (avec une nouvelle ordonnance), le Mari s'intéresse :"Alors, c'était bien une Candida?"

"Nan, crâne La Prof, c'est une Candida AH OUI QUAND MEME".

Ce qui pose tout de suite son malade. Et lui fait gagner quelques crans dans la iérarchie médicale.

Avec un peu de bol, suffisament pour un ptit déj' au lit...
Par LaProf - Publié dans : La Prof à la maison
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Dimanche 11 octobre 2009
La Prof a mal à son noeil.

Aïe.

Pourtant, elle est loin d'être une doudouille ; alors quand elle dit que ça fait mal, ben c'est que ça fait mal. La preuve, le Mari a longtemps cru que la césarienne était une opération quasiment indolore, jusqu'à ce que une de ses copines passe une semaine alitée.
"-Ah, ben c'est pas de bol, La Prof elle, elle a pas eu mal. Hein, Chérie, ça fait pas mal?"
"-Si, Chéri, ça fait très mal".
D'un autre côté quand on est toute seule avec le bébé (vous parlant d'un temps où les peères n'avaient droit qu'à trois jours), ben faut bien y aller...
"-Ah ben, tu m'as pas dit"

Hé oui, nul n'est prophète en son pays, et elle souffre donc chez elle dans l'indifférence la plus générale.

Seule Fille Ainée fait semblant de s'intéresser, mais c'est une tactique pour mieux enchainer sur ses douleurs à elle. Ce qui est très énervant, pourtant on lui a expliqué plein de fois que quand on est souffrant ou malheureux, on en a rien à faire du malheur des autres. Elle continue quand même. Ca sera à la Vie de lui filer une petite claque pour qu'elle comprenne.

Bref. Tout ça pour dire que La Prof a une tendance à attendre que ses petites douleurs se gèrent toutes seules. Son oeil  a commencé à tirer. Puis à lancer. C'est quand il a fini par gonfler que La Prof a appelé son gentil docteur ("Docteur, j'ai l'oeil qui gonfle"). Qui accepte de la recevoir entre deux rendez-vous après le boulot (où les élèves commençaient à se demander avec qui elle s'était battu et pris un coup dans l'oeil).

Gentil Docteur est un très bon docteur, et sa salle d'attente est donc bien bondée quand La Prof se pointe, avec au moins cinq personnes debout. Ce qui permet à tout le monde de patienter en jouant aux chaises musicales en fonction des pathologies de chacun (on laisse sa place à quelqu'un qui a l'air plus atteint, on se rassied ailleurs si on considère que son état le justifie...).

La Prof reste globalement debout en s'inquiètant : a-t-elle suffisament d'humour pour aller travailler avec un bandeau de pirate si jamais c'est grave? Elle pense que non.
D'un autre côté, elle retrouve une nouvelle fournée de Grands Benêts deux jours plus tard. Si elle y va avec une tronche d'Elephant Woman, ils vont s'enfuir en courant. Ou lui jeter des pierres.

Peut-être que si elle s'achète des fringues moulantes en cuir, elle pourra se la jouer New York 1997 et faire peur à Monsieur C.?

Finalement c'est son tour. Gentil Docteur la tranquilise (après avoir joué un moment avec son coupe papier, il a beaucoup d'humour). Elle repart le coeur plus léger avec une ordonnance et sans bandeau, le laissant à sa salle d'attente qui est maintenant proche de l'explosion.

Le traitement marche beaucoup mieux depuis qu'elle a lu la notice et appris qu'une crème ophtalmique se mettait DANS l'oeil et non pas sur l'extérieur de la paupière.

En plus, elle a des antibiotiques. Ce qui est bien la preuve qu'elle est malade et son entourage fait  maintenant preuve d'un peu de commisération. Alors qu'elle n'a plus mal.

Il faut donc qu'elle fasse un peu semblant.

Aïe.
Par LaProf - Publié dans : La Prof à la maison
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